Pourquoi je blogue ?

Les réflexions qui suivent sont inspirées par le billet publié par Nicolas Vanbremeersch sur son blog intitulé : « Charte de Versac.net ».

Versac.net est l’un des blog les plus lus de la blogoshère francophone. Il traite principalement de sujets en rapport avec la communication on-line et la politique, domaines pour lequels son auteur est devenu un expert reconnu (au point de créer une société qui conseille les entreprises et les hommes politiques dans leur stratégie de communication sur le net). Dans sa charte (qu’il faut lire au premier et au second degré), Versac semble revendiquer une certaine « innocence » et gratuité dans la tenue de son blog. Il écrit ainsi :

Ce blog est irrégulier : je poste quand j’en ai le temps, ou plutôt quand j’en ai envie (il m’arrive de poster alors que ce n’est pas vraiment prioritaire). Les billets sont donc irréguliers (5 un jour, aucun le lendemain), en fonction de ma disponibilité d’esprit. Et je me réserve le droit d’arrêter de bloguer longtemps sans prévenir personne.

Ce blog manie l’implicite et le privé : ce blog n’a pas de vocation à intéresser tout le monde, mais à nourrir des discussions intéressantes, amusantes, légères, graves ou heureuses sur une variété de sujets qui n’appartient qu’à son auteur …

Ce blog n’a pas de statut : pas plus que je ne réclame de statut dans la vraie vie, je ne veux de statut pour mon blog. C’est un blog, un mot qui ne veut pas dire grand chose. Il évolue librement, n’a pas de rubriques et de ligne éditoriale, de formats, de statuts ou de règles.

Ce blog ne pense pas à ses lecteurs : quand j’écris, je ne pense pas tant que ça à mes lecteurs, j’appuie sur le bouton publier sans avoir d’idée ou d’envie à leur égard, et attendant la surprise des retours.

En lisant cette charte, je ne peux m’empécher de m’interroger (sans douter pour autant de sa sincérité).

Tenir un blog (non protégé par un mot de passe ou par l’anonymat) revient à prendre la parole sur la place publique. Ce n’est pas une démarche anodine. Il me semble que la motivation commune à la majorité des blogueurs, consciente ou inconsciente, est de chercher à « séduire ». L’homme politique cherchera à « séduire » un électeur, l’étudiant cherchera à attirer l’attention d’un futur employeur, le célibataire un compagnon … Si vous n’affichez pas de manière claire vos motivations, vous ne pourrez empêcher celui qui vous lit de se poser la question (et d’y répondre à votre place). Versac dans sa charte a choisi de ne pas y répondre on indiquant qu’il ne réclamait aucun statut à son blog.

Il me semble qu’un professionnel qui tient un blog publique aura dû mal à revendiquer, à moins de conserver un strict anonymat, une parfaite séparation entre le personnel et le professionnel. Ce qu’il publie sur son blog peut être interprété comme une prise de position publique qui peut avoir des incidences sur le développement de son activité professionnelle. Les écrits d’un blog peuvent même être condamnés devant un tribunal.

D’une certaine manière le blog d’un professionnel est (aussi) une vitrine, qui peut lui permettre de développer son activité (recruter de nouveaux clients, de nouveaux collaborateurs, de nouer des partenariats, de faire connaitre sa société des journalistes, …). Il est alors difficile de mener différents niveaux de conversation. Comme professionnels vous avez à gérer une image publique, pour un consultant c’est même en grande partie son capital.

A partir du moment où l’on ouvre un blog et que l’on developpe un minimum de visibilité/notoriété, il me semble que l’on est confronté (en miniature) aux mêmes questions que les “people”. Votre blog a de bonnes chances d’être fréquenté de nombreux “inconnus”, arrivés « par hasard » suite à une requête google par exemple (voir le billet précédent). Ceux-là n’ont pas suivi l’historique du blog. Certains vont repartir rapidement, d’autres vont vous interpeller en prenant part à la conversation à travers les commentaires. Difficile dans ces conditions de conserver la relation de connivence, une « conversation entre copains » comme au début (Versac parle de manier l’implicite et le privé).

Il n’est pas facile de mélanger dans une même conversation des messages à destination de ces différents publiques. Mais le succès d’un blog repose il me semble sur cette capacité. Tout est une question de dosage il me semble.

On se rapproche d’ailleurs de la problématique de communication des hommes/femmes politiques qui doivent séduire dans un même discours la “mémé”, le chômeur, l’étudiant ou le chef d’entreprise. Quoi qu’il en soit c’est un travail qui oblige à s’interroger sur soi, ses motivations. Pour l’avoir vécu de l’intérieur pendant quelques années, ce n’est pas inintéressant …

Tout cela me fait penser qu’il me faudrait une charte pour ce blog. Comme sa fréquentation est encore faible, je me permets de prendre encore un peu de libertés ;-)


Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

3 Responses to “Pourquoi je blogue ?”

  1. bonne chance pour ton private blogging.

  2. Finalement, tu es passé de “pourquoi je blogue” à “comment je blogue” … mais les deux sont liés.

    Le pourquoi est tellement différent d’un blog à l’autre, blog privé, blog sous sa véritable identité, blog masqué (qui peut aussi être un blog pro, comme Eolas)

    Ce qui me frappe surtout, c’est de voir le faible nombre de lecteurs qui commentent et entre dans l’interactivité de l’outil. Or finalement on écrit aussi énormément “pour” ceux là, qu’on ne connait pas.

  3. Laurent Bervas on January 7th, 2008 at 7:32 am

    @Marie-Aude
    > Ce qui me frappe surtout, c’est de voir le faible nombre
    > de lecteurs qui commentent et entre dans l’interactivité
    > de l’outil

    Très juste, on avance très souvant dans le noir : on sait “qu’ils” sont là dans la salle, que certains reviennent. On s’adresse à eux sans voir leur visage, mais on écrit aussi pour eux.

Enregistrer un commentaire

Subscribe without commenting