« Tu seras un homme mon fils »

Si je parlais dans un billet récent de la « sérénité » que je ressens aujourd’hui dans le domaine personnel et professionnel, cela n’a pas toujours été. En 20 ans d’entreprenariat j’ai vécu des périodes difficiles, des périodes de « doutes de soi » qui sont même allées jusqu’à la « dépression ». La « dépression » qui littéralement signifie « dépréciation » de soi est très courante dans les sociétés modernes. Les chefs d’entreprises, les jeunes parents (notamment les mamans), tout comme les habitants des grandes villes y sont plus fortement exposés :

C’est une maladie fréquente, qui affecte presque 20 % des gens au cours de leur vie, et qui marque une rupture avec le fonctionnement psychologique habituel du patient (Wikipédia).

Je suis passé par la dépression il y un peu plus de 10 ans, après la naissance de ma petite fille en 1998. C’était la période des startups internet, j’avais des projets ambitieux et ma vie personnelle n’était pas non plus très équilibrée. J’avoue ne pas avoir su gérer ce tournant, choisi les bonnes priorités. Je me suis littéralement « effondré », hospitalisation pendant 2 mois, convalescence pendant un peu plus d’un mois. J’avais à cette époque une société d’une quarantaine d’employés et une absence de dirigeant peut être fatale.

J’avais fait un mauvais choix d’associé (je reviendrais longuement sur ce sujet dans le rubrique « jeune entrepreneur » car le choix des ses associés est à mon avis fondamental dans le succès ou l’échec d’un projet d’entreprise) et lorsque j’ai voulu reprendre, je me suis retrouvé face à la fois à une défiance de sa part, des doutes, et une boite au bord de la faillite.

L’instinct de survie a ensuite fait le reste. J’ai compris à ce moment là que je n’avais pas le choix. Soit j’acceptais la défaite sans combattre et je resterais marqué à vie, soit je me battais et j’avais une chance de « survivre ». On était début 2000 et heureusement il y avait du travail dans le service informatique. Dès que j’ai visualisé le but, je me suis retrouvé totalement lucide. Arrêt en quelques semaines des anti-dépresseurs. La boite a été redressé et est redevenue profitable rapidement. Ma confiance en moi du point de vue professionnel date de cette période. Je pense qu’elle ne m’a plus quitté.

Du point de vu personnel, cela a pris plus de temps pour être serein, dépasser le sentiment d’avoir « abandonné » ma petite fille et sa maman dans une période charnière. Notre vie de couple n’a pas survécu à cette épreuve, peut-être même que ma compagne m’en a voulu.

Ma séparation en 2003 fut une première étape de cette reconstruction. En quelques mois, je suis redevenu quelqu’un de séduisant, une renaissance en quelque sorte.

La reconquête de mon statut de père a pris plus de temps. L’écriture de « Princesse Anna » fut, j’en prends conscience après coup, une étape dans cette démarche. Ce n’est qu’il y a quelques semaines que je pense avoir achevé ce long chemin, quand j’ai passé quelques jours avec Anna dans le désert marocain. Mon nouveau désir de paternité étant je pense une preuve de cette nouvelle sérénité …

Le chemin pour devenir adulte est long mais je pense qu’il s’achève a partir du moment ou l’on a fini par chasser toutes ses peurs.

En conclusion, je vous laisse avec le poème de Rudyard Kipling

TU SERAS UN HOMME MON FILS

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.


Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

3 Responses to “« Tu seras un homme mon fils »”

  1. Mon pére aime beaucoup ce poéme et me l’a citer plusieurs fois, par contre lui il a une autre version de la fin :
    ” Tu seras plus qu’un roi, plus qu’un Dieu
    Tu sera un Homme, mon fils”

    Concernant le sujet, il est effectivement vrai que la dépression est ce mal qui touche de plus en plus le genre humain ( trop plein de stress, la recherche éffréné du succés et de la performance, le qu’en dira t’on, pollution sonore, pollution visuel, pollution du climat ). Les Marocains sont de plus en plus touchés par ce mal ( http://is.gd/y2qk )

  2. @Laurent

    “J’avais fait un mauvais choix d’associé …”

    Décidément , on peut écrire un livre, ou aurait à un plagia .

    Je n’ai pu réussir mon business que lorsque je me suis séparé de mon associé. Les pertes colossales, mais démarrer un nouveau projet seul était sein. Je ne pouvais tenir compte, désormais, que de la gestion de mon propre stress , celui de mon associé en moins.

    S’associer en affaire n’est pas tjs facile. Il faut que les 2 personnalités collent. Le pire c’est de s’associer avec un petit bras pour qui le risque doit égale à zéro et n’accepte d’investir que s’il y a gain , substantiel! Alors qu’une société a besoin d’audace et d’investissement quand elle risque le naufrage.

  3. Laurent Bervas on May 10th, 2009 at 11:48 am

    @Gloria
    Mêmes expérience, mais comme dans la relation de couple on revient à la confiance en soi et ce qui en découle une vision claire de son but et de ses besoins …

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