Parce que dehors c’est la guerre …

J’aimerai pouvoir être léger, connaître de nouveau ce temps d’avant ou l’avenir semblait serein mais qu’on le veuille ou non nous sommes en guerre. Si le rire reste nécessaire il est devenu plus grave.

Début 1989 je touchais mon premier salaire. A cette époque je gagnais 200.000 fr par an (30.000 euros). Dans ces années mon diplôme d’ingénieur non seulement me protégeait de l’avenir mais me permettait de très bien vivre à Paris. 20 ans plus tard, ce même diplôme me permettrait de gagner à peine plus et ne représenterait aucune véritable protection.

Fin 1989, je créais ma première boite, dans l’informatique. Je n’avais aucune expérience dans l’entreprenariat, mais avec le recul j’ai pu faire beaucoup d’erreurs, sans vraiment être en danger. 20 ans plus tard, les choses ont beaucoup changé. Les conditions économiques rendent très difficile tout projet de création d’entreprise et le droit à l’erreur n’est plus permis. Il faut non seulement être très solide, persévérant pour réussir mais il faut même avoir un peu de chance.

« Le monde d’hier », est le titre de l’autobiographie de Stephan Zweig. Il parle de son enfance et le début de sa carrière d’artiste à Vienne, avant la 1er guerre mondiale. C’était une période de prospérité ou la pauvreté se réduisait chaque année, ou l’on avait des assurances pour tout, pour se protéger de tous les aléas de l’avenir.«C’était l’âge d’or de la sécurité ». Ce monde a sombré en 1914. Ensuite, il ne connaîtra plus jamais la paix jusqu’à son suicide au Brésil, avant que ne se termine la seconde guerre mondiale.

Il y a quelques jours j’écoutais un reportage historique consacré à l’ascension des nazis en 1936. Le commentaire expliquait qu’Hitler avait instrumentalisé la haine du juif pour masquer la crise économique. La haine du juif a été remplacée par la haine du musulman, mais 60 ans plus tard on nous ressert bien la même propagande.

Nous sommes en guerre économique, écologique. Il faut vraiment être aveugle de croire que ce qui se passe à nos portes nous épargnera. Lorsque j’en ai eu conscience en 2005 j’ai pris la décision de prendre la route. J’ai mis en vente ma maison parce que je pensais que ce qui était sensé représenter une sécurité allait devenir un poids dans les prochaines années. La période allait être à la mobilité, et pour voyager il fallait rester léger …

Le Maroc ? C’est juste qu’ici on est en guerre depuis longtemps. Même si certains comportements sont critiquables, on sait se battre en gardant la tête haute. De la femme de ménage, au petit cadre en passant par le fonctionnaire, on vit ici avec 10 fois moins que dans le pays d’à coté. Certes on « bricole », on ne fait pas toujours tout dans les règles, mais on fait avec les moyens du bord. Ici, malgré les problèmes économiques, les autorités sont restées dignes vis-à-vis des étrangers notamment et ce n’est pas rien …


Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

Enregistrer un commentaire

Subscribe without commenting